Règles très abondantes : ce n'est pas « de ton âge »
Pourquoi les règles deviennent interminables et abondantes en périménopause, et pourquoi ce n'est pas un manque d'œstrogènes mais une absence de progestérone. Le fer qu'on oublie de doser, les signes qui doivent faire consulter sans attendre, et les traitements efficaces avant toute chirurgie.
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Ce que vous allez comprendre
Une serviette de bain sous les draps, le clair qu'on ne porte plus, les toilettes qu'on repère avant de sortir : quand vous en parlez, on vous répond que c'est normal, à votre âge. Fréquent, oui. Normal, c'est un autre mot. Et fréquent ne veut dire ni qu'il n'y a rien à faire, ni qu'il n'y a rien à regarder. Premier point à poser : il n'existe aucun seuil à atteindre pour avoir le droit d'en parler. On a longtemps défini les règles abondantes par un volume mesuré en laboratoire, quatre-vingts millilitres par cycle, que personne ne mesure dans la vraie vie. La classification internationale utilisée aujourd'hui par les gynécologues est plus juste : des règles sont abondantes quand la perte de sang gêne votre vie physique, sociale, émotionnelle ou matérielle (PMID 30198563). Votre ressenti n'est pas à côté du diagnostic, il en fait partie.
Vous n'êtes pas une exception non plus. Une grande étude américaine a suivi mille trois cent vingt femmes pendant dix ans, en leur faisant remplir un calendrier de leurs règles jour après jour pendant toute leur traversée de la ménopause, dans quatre groupes d'origines différentes. Parmi ces femmes, environ trois sur quatre ont connu au moins trois fois des règles qui duraient dix jours ou plus, et une sur trois au moins trois fois des saignements qu'elles décrivaient elles-mêmes comme abondants pendant trois jours d'affilée (PMID 24735184). Ce ne sont pas des chiffres qui s'appliquent automatiquement à vous : ce sont ces femmes-là, suivies pendant leur périménopause. Mais ils disent que le phénomène est massif, et pourtant silencieux.
La réponse qu'on entend partout, celle qui dit que vos hormones baissent, est fausse pour les règles abondantes. Si les œstrogènes s'effondraient, l'endomètre, la muqueuse qui tapisse l'intérieur de l'utérus, deviendrait fin, et un endomètre fin saigne peu. Une équipe australienne a fait quelque chose de rare : prélever du sang trois fois par semaine pendant un cycle entier, chez des femmes classées selon leur stade exact de vieillissement ovarien. Dans les cycles avec ovulation, les œstrogènes ne baissent pas en avançant dans la transition, ils montent. Ce qui baisse, c'est la progestérone de la deuxième partie du cycle, et surtout les cycles sans ovulation se multiplient : dans le groupe le plus avancé, près de quatre cycles sur dix se passaient sans aucune ovulation (PMID 17550960). Or la progestérone est le frein, celle qui arrête la construction de l'endomètre et qui organise son évacuation à date. Pas d'ovulation, pas de progestérone, pas de frein : la muqueuse s'épaissit sans instruction, jusqu'à se détacher n'importe comment et n'importe quand.
Reste que « c'est hormonal » n'est qu'une explication possible parmi plusieurs. La grille commune utilisée par les gynécologues du monde entier sépare deux familles de causes. D'un côté, ce qui se voit à l'échographie : un polype, une adénomyose, un fibrome, une lésion de l'endomètre. De l'autre, ce qui ne se voit pas : un trouble de la coagulation parfois connu depuis l'adolescence, un dérèglement de l'ovulation, un problème de l'endomètre lui-même, ou l'effet d'un médicament déjà pris. Les deux familles peuvent coexister chez la même femme. Les fibromes en sont la meilleure illustration : une étude américaine a fait passer une échographie à des femmes de trente-cinq à quarante-neuf ans, qu'elles se plaignent de quelque chose ou non, et en cumulant jusqu'à cinquante ans, plus de huit femmes noires sur dix et près de sept femmes blanches sur dix en développent au moins un, le plus souvent sans aucun symptôme (PMID 12548202). Trouver un fibrome n'est donc pas la même chose qu'avoir trouvé la cause, et si un traitement ne change rien aux saignements, il faut rouvrir la question.
Vient ensuite ce qu'on oublie presque toujours : le fer. La fatigue, l'essoufflement dans un escalier, le froid permanent, les cheveux qui tombent, la concentration difficile, les jambes qui ne tiennent pas en place le soir dans le lit, tout cela est mis sur le compte de la ménopause, qui explique tout et donc n'explique rien. Or saigner beaucoup, tous les mois, depuis des mois, c'est perdre du fer, et une carence en fer donne exactement ces symptômes. Le piège, c'est qu'on peut manquer de fer bien avant d'être anémiée : une prise de sang avec une hémoglobine normale ne dit pas que les réserves sont pleines. Ce qu'il faut demander, c'est la ferritine, qui mesure le stock. S'il ne fallait retenir qu'une chose de cette vidéo, ce serait celle-là : quand les règles sont abondantes, on dose la ferritine.
La vidéo détaille ensuite ce qui ne peut pas attendre, puis pourquoi l'endomètre se regarde à partir de quarante-cinq ans, et enfin ce qui marche vraiment. Sur ce dernier point, la bonne nouvelle est grande : une équipe a repris l'ensemble des essais disponibles et les a comparés les uns aux autres, et un traitement ressort en tête de première intention de façon constante (PMID 35638592). Ce n'est ni la chirurgie, ni la pilule : c'est le stérilet qui diffuse un progestatif directement dans l'utérus. Un essai anglais l'a testé en médecine générale chez cinq cent soixante et onze femmes de vingt-cinq à cinquante ans tirées au sort entre ce stérilet et les traitements habituels : à deux ans, le stérilet avait mieux amélioré leur qualité de vie (PMID 23301731) ; à cinq ans, les deux groupes allaient nettement mieux qu'au départ et l'écart entre eux s'était resserré au point de ne plus être significatif (PMID 27884916). Pour celles qui ne veulent pas d'hormones, l'acide tranexamique, pris uniquement les jours de saignement, a réduit les pertes d'environ quarante pour cent dans un essai contre placebo où elles étaient mesurées (PMID 20859150). Ces choix se discutent avec un médecin : ce sont des options, pas une ordonnance.
Les points clés à retenir
- Des règles sont abondantes quand la perte de sang gêne votre vie physique, sociale, émotionnelle ou matérielle : c'est la définition internationale, et votre ressenti fait partie du diagnostic.
- Ce ne sont pas vos œstrogènes qui s'effondrent : c'est l'ovulation qui devient irrégulière et la progestérone qui ne vient plus poser le frein sur l'endomètre.
- Sur mille trois cent vingt femmes suivies dix ans, environ trois sur quatre ont connu au moins trois fois des règles de dix jours ou plus, et une sur trois des saignements abondants trois jours d'affilée.
- Trouver un fibrome n'est pas avoir trouvé la cause : la plupart des fibromes ne donnent aucun symptôme, et un trouble de l'ovulation peut se cacher derrière.
- Quand les règles sont abondantes, on dose la ferritine : on peut manquer de fer bien avant d'être anémiée, et une hémoglobine normale ne dit rien des réserves.
- Consultez sans tarder si vous imbibez complètement une protection en une heure plusieurs heures de suite, si vous perdez régulièrement des caillots plus gros qu'une pièce de monnaie, si vous saignez entre les règles ou après un rapport, ou si vos règles durent plus de sept jours cycle après cycle.
- Le stérilet au progestatif ressort en tête des traitements de première intention, et l'acide tranexamique réduit les pertes d'environ quarante pour cent : il existe des traitements efficaces bien avant la chirurgie.
Le sommaire de la vidéo
- 0:00 Fréquent ne veut pas dire normal
- 0:47 Ce que veut vraiment dire « règles abondantes »
- 1:43 Mille trois cent vingt femmes suivies dix ans
- 2:33 Pourquoi maintenant : ce n'est pas un manque d'œstrogènes
- 3:24 La progestérone, le frein qui disparaît
- 4:24 Les autres causes possibles, et le piège des fibromes
- 6:13 Le fer : ce qu'on oublie de doser
- 7:11 Ce qui ne peut pas attendre, et quand appeler les secours
- 8:12 À partir de quarante-cinq ans : regarder l'endomètre
- 9:04 Ce qui marche vraiment : stérilet, acide tranexamique
- 10:57 Deux pièges : la chirurgie d'emblée et Internet
- 11:48 Récapitulatif
Les sources scientifiques citées
Chaque affirmation de cette vidéo repose sur une référence vérifiée. Voici la liste complète, avec les liens PubMed.
- Munro MG, et al. FIGO systems for AUB, 2018 revisions. Int J Gynaecol Obstet. 2018. PubMed 30198563
- Harlow SD, et al. STRAW + 10 executive summary. J Clin Endocrinol Metab. 2012. PubMed 22344196
- Paramsothy P, et al. Bleeding patterns during the menopausal transition (SWAN). BJOG. 2014. PubMed 24735184
- Hale GE, et al. Endocrine features of menstrual cycles across STRAW stages. J Clin Endocrinol Metab. 2007. PubMed 17550960
- Baird DD, et al. High cumulative incidence of uterine leiomyoma. Am J Obstet Gynecol. 2003. PubMed 12548202
- Clarke MA, et al. Risk assessment of endometrial cancer in women with abnormal bleeding. Am J Obstet Gynecol. 2020. PubMed 32268124
- Bofill Rodriguez M, et al. Interventions for heavy menstrual bleeding: network meta-analysis. Cochrane Database Syst Rev. 2022. PubMed 35638592
- Gupta J, et al. Levonorgestrel intrauterine system versus medical therapy for menorrhagia (ECLIPSE). N Engl J Med. 2013. PubMed 23301731
- Kai J, et al. ECLIPSE long-term randomised pragmatic trial in primary care. Br J Gen Pract. 2016. PubMed 27884916
- Lukes AS, et al. Tranexamic acid treatment for heavy menstrual bleeding: RCT. Obstet Gynecol. 2010. PubMed 20859150
Questions fréquentes
Comment savoir si mes règles sont vraiment « abondantes » ?
Il n'existe pas de seuil que vous devriez atteindre pour avoir le droit d'en parler. Le volume mesuré en laboratoire, quatre-vingts millilitres par cycle, ne se mesure pas dans la vraie vie. La définition qu'utilisent aujourd'hui les gynécologues est différente : des règles sont abondantes quand la perte de sang gêne votre vie physique, sociale, émotionnelle ou matérielle. Si vous changez de protection toutes les heures, si vous doublez serviette et tampon, si vous vous levez la nuit pour vous changer, si vous avez déjà annulé quelque chose à cause de vos règles, vous n'exagérez pas : vous décrivez.
Quels signes doivent faire consulter sans attendre, et quand appeler les secours ?
Consultez sans tarder si vous imbibez complètement une protection en une heure et que cela se répète plusieurs heures de suite, si vous perdez régulièrement des caillots plus gros qu'une pièce de monnaie, si vous saignez entre vos règles ou après un rapport, ou si vos règles durent plus de sept jours, cycle après cycle. Et si vous sentez que vous partez, tête qui tourne quand vous vous levez, cœur qui s'emballe, pâleur inhabituelle, sensation de malaise pendant un saignement important, ce n'est plus un rendez-vous à prendre : en France, appelez le 15 ou le 112 ; au Canada, le 911. Une hémorragie se traite très bien, mais elle se traite tout de suite. Beaucoup de femmes hésitent par peur de déranger « pour des règles » : un saignement qui vous fait perdre connaissance n'est pas une histoire de règles, c'est une perte de sang, et on ne demande à personne d'attendre poliment dans ce cas-là.
Pourquoi me propose-t-on une biopsie de l'endomètre alors que je n'ai rien de grave ?
À partir de quarante-cinq ans, devant des saignements anormaux, les équipes ne se contentent pas d'expliquer par les hormones : elles regardent l'endomètre, par une échographie et souvent par un prélèvement, une biopsie qui se fait au cabinet et prend quelques minutes. Ce n'est pas parce qu'on vous soupçonne de quelque chose de grave. C'est parce que la plupart des cancers de l'endomètre commencent par un saignement anormal, et que c'est un cancer qu'on guérit très bien quand on le prend tôt. Le saignement est le signal d'alarme, et c'est presque une chance de l'avoir. Une règle est absolue, sans aucune exception : si vous n'avez plus eu de règles depuis douze mois, donc si vous êtes ménopausée, et que vous saignez, même une goutte, même une seule fois, cela se regarde, toujours, sans attendre le prochain rendez-vous.
Un stérilet, alors que je n'ai plus besoin de contraception ?
C'est le malentendu le plus fréquent. Ici, le stérilet au progestatif n'est pas prescrit comme un contraceptif : c'est un traitement local du saignement, qui agit sur l'endomètre, à très faible dose, avec beaucoup moins d'hormone qui circule dans le corps qu'avec un comprimé avalé tous les jours. La contraception est un effet en plus, d'ailleurs bienvenu, puisqu'en périménopause on peut encore tomber enceinte.
Et si je ne veux pas d'hormones du tout ?
Vous n'êtes pas coincée. Il existe un médicament qui agit sur la coagulation, l'acide tranexamique, à prendre uniquement les jours de saignement. Dans un essai contre placebo, chez des femmes dont les pertes avaient été mesurées, il les a réduites d'environ quarante pour cent. Ce choix se discute avec un médecin, en fonction de votre histoire personnelle.
On me propose une hystérectomie : est-ce la seule issue ?
Non, et c'est le premier des deux pièges. Enlever l'utérus règle définitivement le saignement, c'est vrai, et pour certaines femmes c'est le bon choix, assumé et libérateur. Mais c'est une opération lourde, qui vient après les traitements médicaux, pas avant. Si on vous la propose d'emblée, vous avez parfaitement le droit de demander ce qu'on n'a pas encore essayé.
Les tisanes, compléments et cures de fer trouvés en ligne peuvent-ils aider ?
C'est le second piège. Les tisanes qui « rééquilibrent les hormones », les compléments spécial flux abondant, les poudres vendues à trois chiffres : rien de tout cela n'a fait la preuve qu'il réduit un saignement. Et même pour le fer, qu'on trouve en libre-service, ne vous supplémentez pas à l'aveugle : trop de fer n'est pas anodin. On dose d'abord, on corrige ensuite. Le geste le plus utile avant votre rendez-vous reste de noter vos cycles pendant deux mois, en marquant les jours où vous changez de protection plus d'une fois par heure.