Traitement hormonal de la ménopause (THM) : ce que disent vraiment les études récentes

Peu de sujets en santé féminine ont été aussi mal compris que le traitement hormonal de la ménopause (THM). Pendant vingt ans, une seule phrase a suffi à décourager des millions de femmes : « les hormones donnent le cancer et bouchent les artères ». Cette peur est bien réelle, et elle est légitime, mais elle repose largement sur une lecture partielle d'une étude de 2002. Depuis, la science a considérablement affiné sa compréhension. L'objectif de cet article n'est ni de vous pousser vers le THM, ni de vous en éloigner : c'est de vous donner les faits, nuancés, pour que vous puissiez en discuter sereinement avec votre médecin.

🔑 Points clés

  • La peur du THM vient d'une étude de 2002 (WHI) menée sur des femmes en moyenne âgées de 63 ans, loin de la ménopause : un profil différent de celui pour lequel on prescrit le THM aujourd'hui[1].
  • Le suivi à 18 ans de cette même étude n'a montré aucune augmentation de la mortalité globale liée au THM[2].
  • La « fenêtre d'intervention » : la balance bénéfices-risques est la plus favorable avant 60 ans ou dans les 10 ans suivant la ménopause[3].
  • Œstrogène seul et œstrogène + progestatif n'ont pas le même effet sur le sein : l'un est associé à une légère baisse du risque, l'autre à une légère hausse[6].
  • La voie transdermique (patch, gel) ne semble pas augmenter le risque de caillots, contrairement à la voie orale[8].
  • Si vous avez encore votre utérus, l'œstrogène ne se prend jamais seul : un progestatif doit lui être associé pour protéger l'endomètre.
  • Certaines situations écartent le THM, à commencer par un antécédent de cancer du sein.
  • Le THM reste une décision individuelle, à prendre avec votre médecin selon votre âge, vos symptômes et vos antécédents.

2002 : le choc qui a tout arrêté

En juillet 2002, une branche de la vaste étude américaine Women's Health Initiative (WHI), qui testait un traitement combiné œstrogène + progestatif contre placebo, a été interrompue prématurément. Les chercheurs avaient observé une augmentation du risque de cancer du sein, d'accident vasculaire cérébral et de caillots[1]. La nouvelle a fait le tour du monde. En quelques mois, les prescriptions de THM se sont effondrées, et une génération de femmes a renoncé aux hormones par crainte.

Le message retenu, « le THM est dangereux », n'était pourtant pas exactement ce que montrait l'étude. Et c'est ce détail, longtemps ignoré, qui a changé la donne.

Ce que la WHI a vraiment montré (et pourquoi c'était mal interprété)

Le point crucial est l'âge des participantes. Les femmes incluses dans la WHI avaient en moyenne 63 ans, et beaucoup étaient à plus de 10 ans de leur ménopause au moment de commencer le traitement[1]. Or, ce n'est pas le profil typique d'une femme qui commence un THM aujourd'hui : celle-ci a plutôt entre 50 et 55 ans, en début de ménopause, et cherche à soulager des symptômes.

Les risques absolus, par ailleurs, étaient modestes. Et surtout, les analyses ultérieures ont nuancé le tableau. Le suivi à long terme de la WHI, publié en 2017 et portant sur 18 ans, n'a retrouvé aucune augmentation de la mortalité globale, ni cardiovasculaire, ni par cancer, chez les femmes ayant reçu un THM pendant 5 à 7 ans[2]. Autrement dit : l'inquiétude de 2002 ne se traduisait pas par un excès de décès sur le long terme. Le message initial, en se concentrant sur les risques relatifs sans distinguer les âges, avait donné une image plus alarmante que la réalité pour la majorité des femmes concernées.

La « fenêtre d'intervention » : une question de timing

De cette relecture est née une idée centrale, l'hypothèse de la fenêtre d'intervention (ou timing hypothesis). Selon celle-ci, les effets du THM sur le cœur et les vaisseaux dépendent du moment où on le commence par rapport à la ménopause[4].

L'essai ELITE, publié en 2016, a été conçu spécifiquement pour tester cette idée. Il a montré que l'œstradiol oral ralentissait la progression de l'athérosclérose (l'épaississement des artères) lorsqu'il était débuté moins de 6 ans après la ménopause, mais pas lorsqu'il était commencé 10 ans ou plus après[5]. Le même traitement pouvait donc être plutôt protecteur chez une femme jeune en début de ménopause, et sans bénéfice, voire à risque, chez une femme plus âgée.

C'est pourquoi les recommandations actuelles s'articulent autour d'un seuil simple : la balance bénéfices-risques est la plus favorable chez les femmes de moins de 60 ans ou à moins de 10 ans de leur ménopause, sans contre-indication[3].

Les bénéfices établis

Le THM n'est pas seulement « moins risqué qu'on ne le croyait » : il apporte de vrais bénéfices, bien documentés.

Les risques réels, et pour qui

Nuancer ne veut pas dire minimiser. Le THM comporte des risques réels, qu'il faut mettre en balance avec les bénéfices, et qui dépendent beaucoup du type de traitement et du profil de la femme.

Le cancer du sein. C'est ici que la nuance est la plus importante, car tous les THM ne se valent pas. Une analyse des deux essais de la WHI a montré des effets opposés selon la formule : l'œstrogène associé à un progestatif était lié à une augmentation du risque de cancer du sein, tandis que l'œstrogène seul (prescrit aux femmes sans utérus) était associé à une diminution de ce risque[6]. Cette distinction œstrogène seul / œstrogène combiné est essentielle pour comprendre les données. Elle ne veut pas dire pour autant que l'œstrogène seul protège du cancer du sein : ce résultat provient d'un essai américain conduit avec des œstrogènes conjugués équins, et il n'est pas retrouvé partout. La HAS, de son côté, classe le cancer du sein parmi les risques du THM, un risque qui augmente avec la durée du traitement.

Une précision française qui change la lecture. La WHI a testé des œstrogènes conjugués équins associés à de l'acétate de médroxyprogestérone. Ce n'est plus le schéma prescrit en France. Le schéma de référence français associe l'estradiol, le plus souvent par voie transdermique, à la progestérone naturelle (micronisée) ou à la dydrogestérone. La fiche d'information aux patientes du GEMVi (2025) indique qu'avec cette association, les études françaises et européennes n'ont pas retrouvé d'augmentation du risque de cancer du sein sur cinq à six ans, alors qu'un THM de type anglo-saxon est associé à environ 6 cas supplémentaires pour 1 000 femmes après dix ans d'utilisation. Ce n'est pas un certificat d'innocuité : c'est une raison de plus de demander à votre médecin quelles hormones exactement il vous propose.

Le cœur et les caillots. Chez les femmes qui commencent le THM tardivement (plus de 10 ans après la ménopause ou après 60 ans), le rapport bénéfices-risques devient moins favorable, en raison de risques plus élevés de maladie coronarienne, d'AVC et de caillots[3]. C'est exactement l'inverse de la fenêtre d'intervention : le facteur temps travaille alors contre le traitement.

Ces risques ne s'appliquent pas de la même manière à toutes. Antécédents personnels ou familiaux de cancer du sein, de thrombose, d'AVC, tabagisme, hypertension : autant d'éléments qui pèsent dans l'évaluation, et que seul un médecin peut intégrer à votre situation.

Les situations où le THM n'est pas possible, et les garde-fous

Les articles grand public passent souvent trop vite sur ce point. Il existe des situations dans lesquelles le THM n'est pas proposé. Le GEMVi cite l'antécédent de cancer du sein comme contre-indication. The Menopause Society y ajoute le cancer de l'utérus, des saignements utérins inexpliqués, une maladie du foie, un antécédent de caillot et une maladie cardiovasculaire avérée. Cette liste n'est pas un questionnaire à remplir seule : elle indique ce qui doit être dit en consultation, y compris ce que vous croyez anodin.

Avec un utérus, l'œstrogène ne se prend jamais seul. Il doit être associé à un progestatif, au moins douze jours par mois, pour protéger la muqueuse utérine et réduire le risque de cancer de l'endomètre. C'est un point non négociable des recommandations françaises. L'œstrogène seul est réservé aux femmes dont l'utérus a été retiré.

Un traitement qui se réévalue. La HAS demande une prescription à la dose minimale efficace, une durée limitée, et une réévaluation du rapport bénéfices-risques au moins une fois par an. Le GEMVi ne fixe pas de durée maximale théorique, mais recommande la même réévaluation annuelle, en particulier au-delà de cinq ans. Le suivi habituel comprend un examen clinique annuel avec poids et tension artérielle, et la participation au dépistage organisé du cancer du sein par mammographie tous les deux ans entre 50 et 74 ans.

Pour situer la pratique réelle en France : l'ANSM rapporte qu'en 2024 la voie transdermique représentait 87 % des prescriptions d'œstrogènes, et que l'association de l'estradiol à la progestérone micronisée ou à la dydrogestérone concernait environ 75 % des femmes traitées entre 45 et 60 ans.

La voie d'administration change la donne

Un même hormone n'a pas les mêmes effets selon qu'elle est avalée ou appliquée sur la peau. La voie orale (comprimés) passe par le foie, ce qui influence la coagulation. La voie transdermique (patch ou gel) évite ce premier passage hépatique.

Une vaste étude britannique publiée en 2019, portant sur des bases de données de médecine générale, a comparé les deux voies : les préparations orales étaient associées à une augmentation du risque de thrombose veineuse, alors que les préparations transdermiques ne l'étaient pas, un résultat cohérent quel que soit le dosage[8]. Pour les femmes ayant des facteurs de risque de caillots, la voie transdermique est ainsi souvent privilégiée. C'est un exemple concret de la façon dont un choix technique peut modifier le profil de sécurité d'un traitement.

Le THM est une décision individuelle, avec votre médecin

S'il ne fallait retenir qu'une chose, ce serait celle-ci : il n'existe pas de réponse universelle. Le THM n'est ni un poison ni une potion de jouvence. C'est un traitement médical dont la balance bénéfices-risques dépend de votre âge, du temps écoulé depuis votre ménopause, de l'intensité de vos symptômes, de vos antécédents, du type d'hormones et de leur voie d'administration.

Deux femmes du même âge peuvent tirer des conclusions opposées, et toutes deux avoir raison. C'est pourquoi les sociétés savantes insistent sur une approche individualisée : le bon traitement, à la bonne dose, chez la bonne femme, au bon moment[3]. Cette décision se prend en consultation, après un échange sur vos attentes et une évaluation de vos risques personnels, pas à partir d'un titre de journal, ni même d'un article comme celui-ci.

En résumé

La peur héritée de 2002 a longtemps privé des femmes d'un traitement qui aurait pu les soulager, en s'appuyant sur une interprétation trop large d'une étude menée sur un profil particulier. Les données récentes dessinent un tableau plus fin : le THM reste risqué dans certaines situations, mais il offre des bénéfices concrets pour d'autres femmes, en particulier lorsqu'il est commencé tôt, avec la bonne formule et la bonne voie. Ni pour, ni contre : le THM mérite une discussion posée et personnalisée. Le meilleur point de départ reste de comprendre où vous en êtes de votre ménopause, puis d'en parler avec un professionnel de santé.

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Questions fréquentes

Pourquoi le traitement hormonal fait-il si peur ?

La peur vient d'une étude de 2002, la WHI, menée sur des femmes âgées en moyenne de 63 ans, loin de la ménopause : un profil différent de celui pour lequel on prescrit le THM aujourd'hui. Le suivi à 18 ans de cette même étude n'a montré aucune augmentation de la mortalité globale liée au THM.

Le THM augmente-t-il le risque de cancer du sein ?

Cela dépend du schéma : œstrogène seul et œstrogène associé à un progestatif n'ont pas le même effet sur le sein. Le premier est associé à une légère baisse du risque, le second à une légère hausse.

À quel moment faut-il le commencer ?

La balance bénéfices-risques est la plus favorable avant 60 ans, ou dans les 10 ans suivant la ménopause : c'est la « fenêtre d'intervention ». La voie transdermique (patch, gel) ne semble pas augmenter le risque de caillots, contrairement à la voie orale. Cela reste une décision individuelle, à prendre avec votre médecin.

Patch ou comprimé : est-ce que ça change quelque chose ?

Oui, en particulier pour le risque de caillots. La voie orale passe par le foie, ce qui influence la coagulation, alors que le patch ou le gel évitent ce premier passage hépatique. Une vaste étude britannique de 2019 a trouvé une augmentation du risque de thrombose veineuse avec les préparations orales, mais pas avec les préparations transdermiques, quel que soit le dosage. Le choix revient à votre médecin, selon vos facteurs de risque.

Le traitement hormonal protège-t-il les os ?

Il agit bien sur l'os. Dans l'étude WHI, le traitement combiné a réduit le risque de fractures, y compris de la hanche, avec une amélioration de la densité osseuse, et le THM est reconnu pour la prévention de la perte osseuse. Cela n'en fait pas un traitement que l'on prendrait pour ses os seuls : son indication principale reconnue reste le soulagement des bouffées de chaleur et des sueurs nocturnes.

Peut-on commencer un THM à 65 ans ?

La balance devient moins favorable, et cette question se tranche avec un médecin. Chez les femmes qui commencent plus de 10 ans après la ménopause ou après 60 ans, les risques de maladie coronarienne, d'accident vasculaire cérébral et de caillots pèsent davantage. L'essai ELITE a montré que l'œstradiol ralentissait la progression de l'athérosclérose quand il était débuté moins de 6 ans après la ménopause, mais pas 10 ans ou plus après.

Comment savoir si le THM est fait pour moi ?

Il n'existe pas de réponse universelle : deux femmes du même âge peuvent conclure différemment et avoir raison toutes les deux. La balance dépend de votre âge, du temps écoulé depuis votre ménopause, de l'intensité de vos symptômes, de vos antécédents (cancer du sein, thrombose, AVC, tabagisme, hypertension), du type d'hormones et de leur voie d'administration. Cette décision se prend en consultation, pas à partir d'un article.

📚 Sources scientifiques

Cet article s'appuie notamment sur les documents du GEMVi et du CNGOF, sur les positions de la HAS et de l'ANSM, et sur la position statement 2022 de The Menopause Society (anciennement North American Menopause Society).

  1. Rossouw JE, Anderson GL, Prentice RL, et al. (Writing Group for the Women's Health Initiative Investigators). Risks and benefits of estrogen plus progestin in healthy postmenopausal women: principal results from the Women's Health Initiative randomized controlled trial. JAMA. 2002. PMID : 12117397
  2. Manson JE, Aragaki AK, Rossouw JE, et al. Menopausal Hormone Therapy and Long-term All-Cause and Cause-Specific Mortality: The Women's Health Initiative Randomized Trials. JAMA. 2017. PMID : 28898378
  3. "The 2022 Hormone Therapy Position Statement of The North American Menopause Society" Advisory Panel. The 2022 hormone therapy position statement of The North American Menopause Society. Menopause. 2022. PMID : 35797481
  4. Mehta JM, Chester RC, Kling JM. The Timing Hypothesis: Hormone Therapy for Treating Symptomatic Women During Menopause and Its Relationship to Cardiovascular Disease. Journal of Women's Health. 2019. PMID : 30484736
  5. Hodis HN, Mack WJ, Henderson VW, et al. (ELITE Research Group). Vascular Effects of Early versus Late Postmenopausal Treatment with Estradiol. New England Journal of Medicine. 2016. PMID : 27028912
  6. Chlebowski RT, Rohan TE, Manson JE, et al. Breast Cancer After Use of Estrogen Plus Progestin and Estrogen Alone: Analyses of Data From 2 Women's Health Initiative Randomized Clinical Trials. JAMA Oncology. 2015. PMID : 26181174
  7. Cauley JA, Robbins J, Chen Z, et al. (Women's Health Initiative Investigators). Effects of estrogen plus progestin on risk of fracture and bone mineral density: the Women's Health Initiative randomized trial. JAMA. 2003. PMID : 14519707
  8. Vinogradova Y, Coupland C, Hippisley-Cox J. Use of hormone replacement therapy and risk of venous thromboembolism: nested case-control studies using the QResearch and CPRD databases. BMJ. 2019. PMID : 30626577

⚠️ Cet article est fourni à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne remplace pas un avis, un diagnostic ou un traitement médical. Consultez toujours votre médecin ou un professionnel de santé qualifié pour toute question concernant votre santé.

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